Séminaire DIPRALANG

20 mars 2017, salle Jourda (bât E), 17h

Radiographie d’une démarche de découverte et d’analyse à partir d’un mandat « d’External Examinor » à l’Université de Kuala Lumpur (Malaisie) : tensions entre théorie et terrain

Aline Gohard-Radenkovic, Professeur émérite, Université de Fribourg, Suisse.

Invitée comme External Examinor (2002 ; 2007) par l’Université de  Kuala Lumpur (Malaisie), ma « mission » était de trouver les raisons aux échecs répétés des étudiants malais à la Licence de langue et linguistique françaises, que la Présidence imputait à l’incompétence ou pire à la « mauvaise volonté » de la directrice du département. Je devais rédiger un rapport et faire des propositions « d’amélioration » didactiques. Je me retrouvais donc au coeur de tensions qui mettaient en jeu la crédibilité d’une équipe mais aussi le statut du français, sans avoir une idée précise du contexte. Je savais seulement que le gouvernement malaisien, à majorité malaise, avait instauré, en raison d’émeutes interethniques dans les années 60 (Indépendance du pays en 1957), entre une majorité longtemps minorisée, le peuple malais rural, et des minorités marchandes (indiennes, chinoises) privilégiées par les Britanniques, une politique multi/ethnoculturelle ou « positive discrimination » en faveur des Malais dans les années 70.

Mais quels rapports existent-ils entre cette politique de gestion de la diversité culturelle, les échecs des étudiants malais, la dévalorisation du français et plus largement des langues européennes, et les accusations portées contre l’équipe enseignante ? Quelles théories et quelles méthodes mobiliser sur un terrain aussi sensible ? Que faut-il savoir sur le contexte avant ? Quels « remèdes » proposer, sans mettre en péril quiconque dans l’institution ? Nous tâcherons de mettre au jour la radiographie d’une démarche de découverte faite d’essais et d’erreurs, comme dans toute recherche, en montrant comment à partir d’éléments épars observés, de questions de départ, de méthodes d’investigation, d’échanges formels et informels, j’ai peu à peu appréhendé les enjeux, cerné les dimensions implicites et esquissé des interprétations. Nous tenterons ensemble de faire des hypothèses, comme dans une enquête policière, sur des liens entre ce qui ne semble pas avoir un rapport immédiat, sur les répercussions de cette politique officielle sur les acteurs de l’université, sur le statut des langues et sur la société malaisienne.

 

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