Séminaire mensuel 2015-2016

Lundi 15 février

(17h – 19h, salle Jourda, Bât. E., Université Paul-Valéry Montpellier)

  • La communication prévue de Hervé ADAMI est reportée. En remplacement celle de Virginie POLGE-LOI, docteur depuis novembre 2015, qui présentera sa recherche.

Médéric Gasquet-Cyrus, (Aix-Marseille Université / LPL) :

Avoir ou ne pas avoir l’accent ? That is the (sociolinguistic) question.

 En France – et plus largement dans le monde – l’accent est considéré comme une particularité (phonétique, intonative) rattachée notamment à une certaine région : on a l’accent de tel ou tel endroit. Mais au-delà des simples caractéristiques linguistiques, l’accent est aussi soumis au jugement : si celui-là est « guttural », cet autre sera « rocailleux » alors que celui-ci sera plus « chantant ».

Sur une large échelle, ces stéréotypes contribuent à dresser une sorte de hiérarchie des accents, des plus « sympathiques » aux plus « disgracieux »… Sans fondement scientifique, ces discours jouent cependant un rôle important dans les rapports sociaux étant donné qu’ils véhiculent des représentations sociales non seulement sur les accents, mais à travers eux, sur celles et ceux qui ont… ou « n’ont pas » l’accent. Si certains jugements peuvent être positifs (accent « sympathique », « ensoleillé », « sexy ») ou souriants (accent « savoureux », « rigolo »), d’autres peuvent être plus ambigus, voire carrément stigmatisants.

Mais qu’est-ce que cela signifie « avoir l’accent » ? Est-il possible de « ne pas avoir d’accent » ? Que signifient les déclarations relatives aux accents, et quelle terminologie mobiliser pour en décrire les usages ? Cette présentation, appuyée sur des recherches menées sur « les accents du Sud » depuis plusieurs années, apportera un éclairage sur cette question sociolinguistique qui porte sur les idéologies associées aux accents et leur impact social.

 

Virginie POLGE-LOI , (Laboratoire DIPRALANG, EA 739, Université Paul-Valéry Montpellier) :

Il n’y a pas de rapport interculturel – Vers une approche psycho-socio-pragmatique et dialogique de l’enseignement des langues.

L’approche interculturelle en didactique des langues connaît actuellement ce que certains chercheurs appellent une « crise » (Dervin, Demorgon). Les praticiens rencontrent des difficultés quant à sa mise en place et à son évaluation. Cette dernière donne lieu à plusieurs propositions allant jusqu’à l’auto-évaluation, sans qu’aucune d’entre elles ne soit totalement satisfaisante.

En outre, cette approche :

  • montre son incapacité à sortir d’une dérive culturaliste, qui accorderait une place primordiale à un sujet culturellement stéréotypé ;
  • risque aussi de tomber dans une dérive anti-culturaliste, qui correspondrait à une sorte de leçon de bonne morale.

Cette thèse propose d’abord de clarifier la définition de l’interculturalité, de son rôle dans les échanges verbaux et dans la constitution du sujet parlant. Pour cela, elle s’attache aux relations qui unissent les trois pôles déterminants de la situation de communication : la langue, la culture et le sujet. Une analyse de corpus d’interactions écrites asynchrones tente de déterminer quelles influences les uns peuvent avoir sur les autres.

Au final, cela pose la question de la liberté laissée au sujet parlant lors de la genèse du discours. C’est-à-dire que pour affirmer qu’un réel objectif de « maîtrise » de la langue, où le sujet parlant aurait la possibilité de devenir « maître » de ses pratiques, il convient de comprendre par où il serait déterminé et par où il ne le serait pas.

C’est à travers une approche psycho-socio-pragmatique et la considération de la dimension dialogique du langage que des solutions didactiques semblent apparaître sous la forme d’activités impliquant un retour réflexif de l’apprenant sur ses propres pratiques ou celles de ses pairs.

Cette étude suggère de recentrer l’enseignement des langues sur les compétences linguistiques et communicatives et sur un accès indirect à l’interculturalité par la maîtrise de l’intersubjectivité discursive.

Après une description générale du sujet de la thèse et des terrains d’enquête, nous expliquerons comment la problématique a été modifiée, suite à une première analyse du corpus. Puis nous en présenterons les résultats.

           

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Séminaire mensuel 2015-2016

Lundi 18 janvier

(17h – 19h, salle Jourda, Bât. E., Université Paul-Valéry Montpellier)

– Emili BOIX-FUSTER, (CUSC-Université de Barcelone) : Transmission linguistique intergénérationnelle : trajectoires et idéologies sociolinguistiques dans des familles bilingues en pays de langue catalane.

On présentera d’abord le contexte démolinguistique catalan à travers des données quantitatives : hégémonie de l’espagnol, à cause des vagues migratoires et du pouvoir étatique de l’Espagne castillane, mais en même temps, pouvoir d’attraction sociale du catalan. Ainsi le pourcentage de ceux qui ont le catalan comme première langue est inferieur à celui de ceux qui s’identifient à cette langue.

On présentera ensuite des données qualitatives sur la transmission linguistique dans des familles bilingues catalan/castillan (=espagnol). Il sera question des idéologies au sein de 14 couples où le partenaire castillanophone a acquis le catalan et où le partenaire catalanophone maintient la langue maternelle avec les enfants. L’analyse des interviews montre une vitalité ethnolinguistique subjective haute parmi les autochtones catalans (le catalan s’identifie surtout avec les classes moyennes) et à l’assurance que, de toute façon, les enfants vont apprendre l’espagnol.

Les données permettent de souligner que les deux langues vont se conserver en Catalogne.

 

– Giovanni DEPAU, (Laboratoire GIPSA-lab UMR 5216 – Université de Grenoble) :Planification linguistique, représentations et pratiques langagières en Sardaigne.

La question de la promotion des minorités linguistiques représente une partie importante du débat politique et économique en Europe dans les dernières décennies, comme le témoigne aussi la discussion toujours d’actualité autour de la Charte Européenne des Langues Régionales ou Minoritaires.

Notre réflexion se concentre sur le contexte de la Sardaigne, région à statut spécial au sein de la République Italienne. Les études en dialectologie et en linguistique historique mettent en relief les particularités structurelles du sarde et notamment sa proximité de la source latine. Toutefois, la langue sarde présente une considérable variabilité interne (Contini, 1987), qui peut être partiellement simplifiée par la bipartition Campidanien (aire méridionale ; considéré plus innovateur et italianisé) / Logoudorien (aire centro-septentrionale ; considéré plus prestigieux en vertu de sa forte proximité du latin et de sa tradition littéraire). Par ailleurs, à part le sarde et l’italien, d’autres variétés linguistiques sont également parlées dans l’île : Sassarien, Gallurien, Catalan et Tabarquin (cf. Toso, 2012).

Le sarde est la principale langue minoritaire parlée en Italie. Il figure parmi les minorités linguistiques historiques reconnues officiellement par la Loi Nationale 482/1999. Auparavant, la Loi Régionale 26/1997 avait défini le statut paritaire du sarde et de l’italien dans les limites du territoire régional. Une norme écrite – la LSC (Limba Sarda Comuna « Langue Sarde Commune ») – a été approuvée en 2006 par le Conseil régional sarde pour la publication de documents administratifs. Une étude sociolinguistique portant sur les pratiques déclarées et les attitudes des Sardes (Oppo, 2007), montre une opinion favorable à l’enseignement du sarde à l’école et à l’adoption d’une norme unique pour les documents administratifs régionaux.

Cependant, le contexte sarde présente une situation de bilinguisme avec diglossie (ou plutôt, dilalie : Berruto, 1987) entre l’italien et la langue locale. L’italien est sans aucun doute la langue la plus répandue dans l’île, non seulement dans les situations plus formelles, et dans la pratique elle est la seule partagée par la plupart de la population sarde (avec, naturellement, des interférences du sarde et des pratiques alternées et mixtes sarde/italien). L’absence de supports audiovisuels spécialisés contribue à la diffusion limitée du sarde, qui est rarement utilisé dans les médias écrits, radiophoniques et télévisés, où l’italien est de loin la langue dominante surtout pour des sujets d’actualité et destinés au grand public.

Après une description du cadre sociolinguistique sarde et des principales actions de politique linguistique portant sur la valorisation de la (des) langue(s) locale(s), notre présentation se focalisera sur la façon dont le sarde est représenté dans un ensemble de pratiques langagières. Nous baserons notre réflexion sur des données issues de sources différentes, par exemple l’expression de sentiments identitaires liés au sarde dans le contexte de la communication médiatisée par ordinateur, ou encore les expressions d’identité à travers les graffitis.

La prise en compte de ces éléments nous parait fournir des clés d’interprétation utiles dans l’évaluation du degré de danger de la langue en relation aux actions d’aménagement linguistique dans le terrain observé.

Bibliographie :

Alén Garabato, C. (2013). Quelques réflexions sociolinguistiques quinze ans après l’entrée en vigueur de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires. In C. Alén Garabato (éd.), Gestion des minorités linguistiques dans l’Europe du XXIe siècle. Limoges: Lambert-Lucas, pp. 231–244.

Berruto, G. (1987). Sociolinguistica dell’italiano contemporaneo. Roma: Carocci.

Contini, M. (1987). Étude de géographie phonétique et de phonétique instrumentale du sarde, Alessandria: Dell’Orso.

Depau, G. (2010). L’enseignement du sarde à l’école : représentations et enjeux. Les Langues Modernes, 4 [http://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article3562].

Depau G. (2009), Les graffitis comme image du rapport italien – dialecte chez les jeunes dans le contexte urbaine à Cagliari (Sardaigne). In Dalbera-Stefanaggi M.-J. & Simoni-Aurembou M.-R. (éds), Images de la langue : représentations spatiales, sémantiques et graphiques. 132e Congrès CTHS « Images et imagerie » (Arles, 16-21 avril 2007) : 108-127.

Depau, G. & Ghimenton, A. (2009). Internet and minority languages: a study on Sardinian. In S. Pertot, T. Priestly, & C. H. Williams (éds), Rights, promotion and integration issues for minority languages in Europe. Palgrave Macmillan, 216‑226.

Iannàccaro, G. (2010). Lingue di minoranza e scuola. A dieci anni dalla Legge 482/99. Roma: MIUR.

ISTAT – Istituto Nazionale di Statistica (2014). Anno 2012. l’uso della lingua italiana, dei dialetti e di altre lingue in Italia.

Lasagabaster, D. (2006) Les attitudes linguistiques : un état des lieux. Ela. Études de linguistique appliquée, 144, 393-406.

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Séminaire mensuel 2015-2016

Lundi 14 décembre

(17h – 19h, salle Jourda, Bât. E., Université Paul-Valéry Montpellier)

 Modification : communication de Bruno Maurer  en raison de l’absence d’Arouna Diabate

        

– Alassane DIA, Groupe de recherche en Linguistique et Didactique (GLIDA) – Université de Nouakchott, Mauritanie : Politique linguistique et enjeux identitaires en Mauritanie :

La Mauritanie, ancienne colonie française, située à la limite entre l’Afrique de l’ouest et le Maghreb arabe, et dont le premier Président aimait à souligner le caractère de trait d’union entre l’Afrique noire et le monde arabe, a de fait une population constituée de deux grandes ensembles : la communauté négro-africaine qui regroupe les Peuls, les Soninkés, les Wolofs et les Bambaras ; et la communauté arabo-berbère qui se décompose en Beydanes (Maures blancs) et en Haratines (Maures noirs descendants d’esclaves) qui ont de plus en plus tendance à se revendiquer comme communauté à part entière. Le français laissé en héritage par l’administration coloniale et langue officielle du pays pendant les premières années de la colonisation se trouvera très vite être l’otage de considérations d’ordre politique et idéologique qui le dépassent. En effet, la Mauritanie indépendante optera pour une politique linguistique résolument orientée vers l’arabisation. Ce choix n’est pas sans provoquer des frictions et même des heurts, parfois extrêmement douloureux entre les différentes composantes de la population mauritanienne. Les négro-africains verront à travers cette politique linguistique dont le terreau est le domaine scolaire une volonté d’assimilation et/ou d’exclusion, eux qui, de par leur connaissance du français, auquel ils avaient été plus réceptifs pendant la période coloniale que leurs compatriotes arabo-berbères, avaient hérité à l’indépendance des postes de responsabilités dans l’administration.De fait, à travers la politique linguistique de la Mauritanie et les contestations qu’elle suscite se profilent les rivalités entre les différentes composantes nationales pour le contrôle du pouvoir ou, plus prosaïquement, des revendications identitaires. Nous montrerons ainsi qu’à travers la gestion officielle du multilinguisme en Mauritanie, dont nous nous proposons de faire l’historique, c’est l’histoire politique et sociale du jeune Etat indépendant qui cherche encore sa voie (x) qui est entrain de s’écrire

 

– Bruno MAURER, Laboratoire DIPRALANG (E.A. 739), UPV Montpellier: Mesurer la francophonie et identifier les francophones : inventaire critiquedes sources et des méthodes .

Bruno Maurer présente un ouvrage à paraître de façon imminente – voire déjà paru au moment du séminaire.

Il s’agit d’un travail qui peut être extrêmement utile dans le cadre de toute recherche sur les situations de francophonie en général, mais plus généralement de contacts de langue. (Bruno Maurer, 2015, Paris : Archives contemporaines).
S’y trouvent présentées et analysées les différentes sources utiles pour des recherches en francophonies, mais aussi, pour chaque problématique et objet de recherche un exemple de méthode d’enquête effectivement utilisée. Des tableaux récapitulatifs en fin d’ouvrage permettent de voir quelles méthodes sont utilisées en fonction des types d’objet. Un ouvrage méthodologiquement et épistémologiquement important qui aborde la sociolinguistique mais aussi des sciences connexes comme la démographie.L’ouvrage a été réalisé en préparation d’un séminaire de méthodologie de l’Observatoire de la langue française (Organisation internationale de la Francophonie) qui s’est tenu à Paris en octobre 2014.

 

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Séminaire mensuel 2015-2016

(17h – 19h, salle Jourda, Bât. E., Université Paul-Valéry Montpellier)       

Lundi 16 novembre

 

         – Mohamed MILED, Université de Carthage, Tunisie :

L’analyse et l’élaboration des curriculums de français langueseconde/étrangère.

Le premier axe, traitant de la dimension épistémologique du curriculum, portera sur la délimitation de son champ dans un système éducatif ainsi que sur l’explicitation des concepts qui lui sont associés : programme, syllabus, compétence, référentiel…

Ensuite seront présentés les facteurs, d’ordre éthique, sociolinguistique, pédagogique et didactique, qui motivent l’opportunité de réécrire ou de réformer un curriculum de français tout en favorisant sa contextualisation.

Quelques critères d’analyse d’un curriculum de langue feront l’objet du second axe : sa cohérence externe (sa visée professionnalisante) et interne (liens entre ses parties), ses composantes, l’entrée pédagogique, l’approche didactique…

Le dernier axe sera consacré à la méthodologie d’élaboration d’un outil relevant d’une action curriculaire : le référentiel des compétences.  Cette présentation sera illustrée par un exemple de référentiel de français langue seconde dans les départements de français des universités tunisiennes.

 

Stéphanie CLERC-CONAN, Laboratoire Parole et Langage, UMR 7309 -Université Aix-Marseille et LISODIP, ENS Bouzaréah (Alger) :

La recherche – action – formation en DDL. Illustration avec une recherche-action-formation  sur la didactisation de la pluralité interne au français.

(Avec la participation de Philippe BLANCHET, Laboratoire PREFICS, Université Rennes 2 Haute-Bretagne.)

 

         La recherche-action, souvent revendiquée en didactique des langues (DDL) avec des acceptions diverses, est à la fois une manière de « faire de la recherche », une manière d’ « être au terrain et avec les acteurs des terrains investis » et une manière d’envisager la diffusion des connaissances scientifiques dans le monde social lorsqu’elle intègre un processus de transposition didactique par la formation in vivo(d’où le volet « formation » ajouté à recherche-action et le sigle RAF). Je préciserai rapidement ces « manières de  faire et d’être » dans le champ de la sociodidactique des langues, entendue comme une approche des questions d’enseignement/apprentissage des langues ou plus précisément « de développement de ressources linguistiques plurielles », approche qui adopte une conceptualisation sociolinguistique de son objet (les pratiques linguistiques sont avant tout des pratiques sociales hétérogènes) et qui prend en compte autant que possible l’ensemble des dimensions sociolinguistiques – donc sociales, politiques, économiques, etc. – des situations et contextes dans lesquelles les situations didactiques s’inscrivent » (Blanchet, Clerc, Rispail, 2014).

Pour étayer mon propos, je m’appuierai sur une RAF conduite depuis 2010 à Toulon dans des écoles primaires et des collèges. Cette RAF, appelée « Projet Radio Paroles d’Écoles », vise l’appropriation, par les enseignant-e-s impliqué-e-s, d’une approche didactique plurinormaliste, contextualisée et explicite de la langue à l’école. L’enjeu de ce renouvellement didactique, dont les enseignant-e-s prennent peu à peu conscience, est d’enrayer l’instauration par l’école de l’insécurité linguistique, facteur d’échec scolaire.

Références bibliographiques :

BLANCHET, Philippe (2014) « La « maitrise de la langue » confrontée aux pratiques sociolinguistiques. Regard sociodidactique sur la face glottophobe d’une notion glottomaniaque », dans Langues des élèves, langue(s) de l’école, revue Diversité n° 176, 2014, CNDP, p. 39-47.

BLANCHET, Philippe ; CLERC, Stéphanie ; RISPAIL, Marielle (2014) : « Réduire l’insécurité linguistique des élèves par une transposition didactique de la pluralité sociolinguistique. Pour de nouvelles perspectives sociodidactiques avec l’exemple du Maghreb », dans Garnier, B. (coord.) Insécurité linguistique en éducation : approches sociologiques comparées des élèves issus du Maghreb, ELA-Revue de didactologie des langues-cultures n° 175, p. 283-302.

CLERC, Stéphanie et RICHERME-MANCHET, Claude (2014) : « La recherche-action-formation : une stratégie glottopolitique en terrain scolaire », dans Colonna, R. (éd.)Des paroles, des langues et des pouvoirs, Paris, L’Harmattan,  Collection Espaces discursifs, p.135-150.

CLERC, Stéphanie (2015) : « La recherche-action : ancrages épistémologique, méthodologique et éthique » dans  Blanchet, Ph. et Chardenet, P. (Dir.), Guide pour la recherche en didactique des langues et des cultures. Approches contextualisées. Agence Universitaire de la Francophonie / Editions des Archives Contemporaines, p. 112-121.

MARCELLESI, Christiane (1976) : « Norme et enseignement du français », La Norme

Cahiers de Linguistique Sociale n°1, 1976, Université de Rouen et Université de Perpignan, p.1-9 (disponible sur Archives de Glottopol : http://glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/archives/cls1/cls1_1marcellesi%20c.pdf).

ROMIAN Hélène (1989) « Des recherches-actions sur l’enseignement du français », dans Romian H. et alii (1989) Didactique du français et recherche-action, INRP, Coll. Rapports de recherches, 1989 n°2.

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Séminaire mensuel 2015-2016

(17h – 19h, salle Jourda, Bât. E., Université Paul-Valéry Montpellier)

                     Lundi 28 septembre

 – Patrick CHARAUDEAU, Laboratoire Communication et politique, CNRS – Université Paris 13 :

Les conditions du discours de persuasion. Contrat, stratégies, manipulation.

Résumé : Les mots, les phrases, les façons de parler ont une influence sur l’auditoire.

Mais cette influence ne dépend pas des seuls mots. Il faut que ceux-ci soient proférés par un sujet, dans une certaine situation de communication, à l’adresse d’un autre sujet, singulier ou collectif.

L’analyse du discours n’est pas l’analyse de la langue. Ce qui fait sens de discours, ce sont les mots produits, reçus et analysés dans leur contexte situationnel de communication. Il faut donc, préalablement à toute analyse des procédés rhétoriques, décrire les conditions communicationnelles de la mise en scène des actes de langage.

Cet exposé se propose de décrire ces conditions, d’une façon générale, et de montrer comment elles déterminent des contrats de parole spécifiques dans les domaines publicitaire, promotionnel et politique. Au regard de ces distinctions, il pourra être possible de clarifier la question de la « manipulation ».

 

– Tijana ASIC, Universités de Kragujevac et de Belgrade, Serbie :

L’acquisition et l’apprentissage des temps verbaux en français: les cas des gasterbeiters et des étudiants serbophones.

Résumé : Le but de notre conférence est de répondre aux questions suivantes : Pourquoi enseigner une langue étrangère alors qu’elle peut être acquise dans un contexte réel?

Comment maîtrise-t-on les temps verbaux lorsqu’on les apprend avec une méthode spéciale et sophistiquée, et comment quand ils sont tout simplement acquis dans le contexte communicatif?

Est-ce que les bases théoriques suffisent à apprendre aux étudiants de FLE à utiliser les temps verbaux correctement?

Faut il plutôt insister sur la pratique, les initier à lire et à s’engager dans les échanges conversationnels avec les locuteurs natifs (ou les profs) de français de sorte que l’apprentissage théorique interfère avec une sorte d’acquisition naturelle (comme dans le cas des immigrés sociaux qui apprennent la langue uniquement dans le contexte).

Nous soulignerons aussi un problème pertinent pour l’enseignement du français au niveau universitaire: des étudiants qui ont des résultats excellents dans les tests de grammaire théorique mais qui font pas mal de fautes d’emploi des temps verbaux à l’ écrit et à l’oral.

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Programme JE

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Séminaire lundi 11 mai (17h – 19h30, salle B 308):

– Chrystelle BURBAN, (Laboratoire DIPRALANG (E.A. 739), Univ. Paul-Valéry Montpellier 3) :

L’enjeu de la dénomination des langues en contexte plurilingue, une facette de la guerre des langues. Le cas de l’Espagne.

Le contact de langues,propre aux sociétés plurilingues, est habituellement générateur de conflit, au sens propre et sociolinguistique du terme. Le conflit peut prendre des aspects très différents. La question de la dénomination des langues en est un, dans la mesure où chaque acteur du conflit, aussi  bien le dominant que le dominé, à travers l’acte de nommer sa propre langue et celle de l’autre, établit des rapports de pouvoir destinés à nourrir les représentations des locuteurs et, partant, à orienter le conflit dans le sens de la (pleine) normalisation ou de la substitution de l’une des langues en contact.

L’Espagne est un exemple de territoire où  des enjeux de la nomination des langues en contexte plurilingue prennent tout leur sens. La structure de l’état des autonomies, issue du processus de démocratisation initié en 1978 a rendu audibles les Communautés autonomes dites « bilingues », leur permettant de faire entendre leur voix au même titre que l’état. Il a également permis une reconnaissance des langues, qui bien que ramenant le conflit linguistique à un niveau plus latent que par le passé n’a cependant pas neutralisé le processus diglossique, lui-même nourri, en particulier, par un conflit s’exprimant discursivement autour du nom des langues.

Après avoir exposé les bases théoriques de l’acte de nomination ainsi que le cadre plurilingue de l’Espagne qui nous servira d’ancrage, nous analyserons, dans une perspective discursive (textes juridiques), l’acte de nomination, tant celui exprimant le point de vue du dominant (l’état espagnol) que celui du dominé, c’est-à-dire celui de deux Communautés autonomes dites « bilingues », la Catalogne et l’Aragon, dont les politiques linguistiques sont très éloignées. Nous analyserons comment chacun nomme sa langue et nomme la langue de l’autre,  les stratégies mises en œuvre afin de déterminer dans quelle mesure l’acte de nomination participe au processus diglossique et quels sont les enjeux de cette confrontation.

– Marie-Christine HAZAEL-MASSIEUX, (Laboratoire Parole et Langage, Univ. Aix-Marseille) :

Données sociolinguistiques dans l’histoire des créoles : ce que nous apprennent les textes anciens.

L’exposé commencera par une brève présentation des recherches menées sur les textes anciens en créole de la Caraïbe (XVIIe-XIXe siècles), principes et méthodes pour une analyse linguistique historique de langues nées lors des contacts de langues entre maîtres et esclaves dans les colonisations européennes (ici principalement françaises). C’est alors que l’on pourra se poser la question des éléments sociolinguistiques recueillis à travers ces collectes, et comprendre que ces textes examinés dans leur environnement politique et social, sont aussi sources de découvertes concernant des données sociolinguistiques importantes. Si l’on peut penser que toute linguistique est, à un degré ou un autre, sociolinguistique et ne peut et ne doit jamais négliger de prendre en compte l’influence des facteurs sociaux dans les développements linguistiques), on confirme alors l’importance de cette entreprise pour saisir l’origine, l’évolution et la diversification de langues nées dans un contexte exemplaire en matière de contacts linguistiques.

A titre d’exemple principal, on aimerait se centrer sur quelques-unes des questions soulevées par les débats engagés à l’occasion du conflit Shoelcher-Bissette à la veille de l’abolition de l’esclavage : est posée alors, de façon assez amusante, mais tout à fait significative pour des sociolinguistes, la question de l’influence des nouveaux arrivants (esclaves bossales) par rapport à la langue des esclaves créoles : comment évoquer et sur quels points leurs rôles dans l’élaboration du créole ?

La question finale que l’on devra poser est bien celle-ci. Peut-on s’autoriser à parler de « sociolinguistique » quand on doit se contenter de sources « historiques » et non pas expérimentales ? Même si les procédures d’investigation ne peuvent être les méthodes modernes (on est obligé de se reporter aux textes d’époque), et s’il n’y a pas d’enquête de terrain possible, il semble légitime et en tout cas parfaitement intéressant d’analyser ces textes et les commentaires auxquels ils donnaient naissance, dans une perspective qui manifeste quelques règles de la sociolinguistique, discipline aux multiples tendances et facettes.

 

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Séminaire Lundi 13 avril :

* La communication de Michel BILLIERES (DIPRALANG, EA 739, Univ. Montpellier 3): Problématique de l’enseignement de la prononciation en langue étrangère, est reportée à l’an prochain.

– Marielle RISPAIL (CEDICLEC, Univ. de St Etienne) :

L’approche sociodidactique: rencontres et débats, enjeux méthodologiques.

La sociodidactique est une approche, au carrefour de la sociolinguistique et de la didactique, que j’ai proposée il y a bientôt 20 ans, et qui a donné lieu à un mouvement de travail et de recherche qui se développe de loin en loin et régulièrement. On en perçoit des échos en Asie, comme en Océanie, en Afrique ou en Amérique Latine, pour ne citer que quelques exemples.

Après en avoir tracé un rapide historique, j’en montrerai les bases et les variations, ainsi que les prolongements et questionnements actuels : tant dans le champ de la recherche que dans le champ des pratiques de classe. Je m’appuierai sur les thèses et mémoires de recherche que je dirige pour en dégager les enjeux et présenter le dernier chantier en route, de nature conceptuelle.

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Séminaire lundi 9 mars

(17h – 19h30, salle B 308)

– Henri BOYER (DIPRALANG-EA 739, Univ. Montpellier 3) (proposition modifiée) :

De la production collective d’identité. La patrimonialisation et les identitèmes.

Cette intervention traitera d’une modalité de patrimonialisation (celle-ci considérée comme résultante manifeste d’une production collective d’identité) qui concerne des objets du réel/du vécu sociétal (historique, présent) comme des personnes, des faits/événements, des périodes, des dates, des mots/énoncés… présentant une singularité/unicité avérée. On parle pour les noms désignant les objets en question d’anthroponymes, de praxonymes, de chrononymes, d’héméronymes, et même de logonymes… (Leroy 2004, Bacot, Douzou, Honoré 2008, Calabrese Steinberg 2008, Boyer à paraître) qui sont autant de « petits éléments de connaissance », de « pierres de la [culture mosaïque] » (Moles 1969, faisant référence à Lévi-Strauss), de signes appartenant de manière exemplaire au « langage de la culture [de masse] » (Barthes 1957).
On considèrera cette modalité de patrimonialisation comme l’intégration dans l’ensemble des repères identitaires de la communauté nationale concernée, après figement sémio-linguistique, de signes dont la teneur symbolique fait l’objet d’un consensus quasi général au sein de ladite communauté (qui se manifeste au travers de diverses sortes de « mises en scène » et de célébrations) et qui fonctionnent comme unités sémiolinguistiques autonomes et de nature fondamentalement dialogique, aujourd’hui prioritairement dans l’interdiscours politico-médiatique. Il s’agit de désignants de formats divers, de « formules », « lieux discursifs » (Krieg-Planque 2009), « aphorisations » (Maingueneau 2011) : des signes pourvus d’une dimension ethnosocioculturelle indiscutablement notoire et stabilisée et dont le répertoire intègre un ensemble d’unités linguistiques de nature variée mais aussi des productions scripto-iconiques, audio-visuelles, etc.
Pour ma part je considère que ces unités sémiolinguistiques relèvent d’un fonctionnement fondamentalement identitaire: c’est pourquoi je les appellerai volontiers identitèmes .

Eléments de bibliographie

BACOT P., DOUZOU L., HONORE J-P. (2008), « Chrononymes. La politisation du temps », MOTS. Les langages du politique n° 87, Lyon, ENS Editions
BARTHES R. (1957), Mythologies, Paris, Seuil (Collection Points).
BOYER H. (2003), De l’autre côté du discours. Recherches sur le fonctionnement des représentations communautaires, Paris, L’Harmattan.
BOYER Henri (2008), Langue et identité, Limoges, Lambert-Lucas
BOYER H. (2008a), « Fonctionnements sociolinguistiques de la dénomination toponymique », Mots. Les langages du politique n° 86, mars 2008, p 9-21
BOYER H, (2008b), « Stéréotype, emblème, mythe. Sémiotisation médiatique et figement représentationnel », MOTS. Les langages du politique n° 88, Lyon, ENS Editions
BOYER H. 2011, « Mots et patrimoine, mots du patrimoine », dans: Le Patrimoine dans tous ses états, sous la dir. de H. Mahé de Boislandelle, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan
BOYER H., CARDY H. (2011), « Localiser, identifier, valoriser », Les collectivités territoriales en quête d’identité, Mots. Les langages du politique n° 97, Lyon, ENS Editions, p. 5-13
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– Jean Léo LEONARD, (EA 4509 STIH Sens, Textes, Informatique, Histoire Univ. Paris-Sorbonne)
Anthropologie culturelle et formation des maîtres bilingues en milieu autochtone au Mexique : Sol y Luna.

Dans le cadre du projet MAmP (Mesoamerican Morphophonology) de l’IUF (2009-14) – cf. http://jll.smallcodes.com/home.page –, plus de 30 ateliers d’écriture et de formation des maîtres bilingues méso-américains ont été réalisés (cf. Talleres / Ateliers | axe7.labex-efl.org), dans une perspective de recherche-action en faveur de formes d’éducation bilingue et interculturelle alternatives à la politique d’aménagement linguistique actuelle au Mexique, qui s’avère davantage de jure que de facto. Une politique linguistique volontariste sur le papier, mais inopérante et déprogrammée en permanence dans les faits, selon le régime de la forfaiture déclarative (dire, mais ne pas donner les moyens de faire : cf. Léonard, 2009). La perspective de ces stages ou ateliers se voulait résolument critique et réflexive, face aux menaces qu’affrontent actuellement les communautés autochtones du Mexique. Il s’agissait de travailler sur la langue et dans la langue autochtone, pour une éducation intégrale qui transcende la langue, en articulant le local et le global, avec une conscientisation aussi bien glottopolitique que socioéconomique quant aux enjeux du maintien de la langue, pour la préservation du lien social face aux phénomènes de prédation globale. Une gamme diversifiée de solutions techniques a été développée, souvent de manière expérimentale, afin d’entrer en synergie avec des initiatives locales existantes (tequio pedagogico, CMPIO, Red EIBI, etc.), auprès de groupes de maîtres bilingues recherchant des modes de transmission de la langue et de valorisation des savoirs endogènes.
Dans cette gamme d’utopies réalisables (au sens de Yona Friedman, cf. Léonard, 2013), les ateliers Sol y Luna, basés sur une critique des contenus culturels d’un des mythes les plus répandus en Méso-Amérique, constituent un module réflexif sur les composantes socio-culturelles et politiques des communautés autochtones zapotèques et mazatèques (Etat de Oaxaca). Sol y Luna est un mythe cosmogonique qui raconte comment deux orphelins ont été sauvés des eaux par des demi-dieux menant une existence anomique dans la montagne (des déités cyniques), puis se sont rebellés contre les mensonges de leurs protecteurs, après avoir déjoué leur tromperie et leur avoir volé le feu au prix de leur vie. De la guerre entre les deux enfants – appelés à devenir deux astres au terme de leur lutte contre leurs faux parents – et les déités cyniques, naissent les animaux et la terre sous sa forme actuelle, ainsi que la configuration du soleil et de la lune. Sol y Luna est, selon les termes de Edward O. Wilson au sujet de l’eusocialité, « un mélange complexe et très calibré d’altruisme, de coopération, de compétition, de domination, de réciprocité, de défection et de tromperie » (Wilson, 2013 : 34). C’est aussi une critique du paternalisme prédateur et des idéologies tutélaires des temps modernes – comme l’hégémonie néolibérale.
L’utilisation de ce conte, dont une remarquable version en mazatec de Jalapa de Diaz a été récemment publiée par le linguiste mazatec Froylan Pérez Moreno (2008), a servi de support à des ateliers d’écriture axés sur une lecture critique des conditions de résistance et de résilience socioculturelle en milieu autocthone méso-américain, à l’aide de la grille analytique projetée par Eckart Boege sur les contradictions de l’identité mazatèque face à la modernité et, vice versa, sur les contradictions de l’Etat-nation mexicain face aux identités autochtones (Boege, 2008). Les ateliers Sol y Luna ont ainsi permis de développer une approche réflexive en zapotec et en mazatec des contradictions de la condition postmoderne en milieu autochtone dans le contexte de dépossession et de prédation néolibérales. Ils ont fonctionné comme un prisme révélateur de la crise des identités sociolinguistiques, de la perte des savoirs et de l’atomisation des communautés rurales dans le contexte de la mondialisation. Ils ont aussi permis de travailler les langues et les savoirs autocthones de manière non folklorisante, au-delà du « cosmovisionisme » (cf. Léonard, 2009), à l’aide d’une Méthodologie d’Anthropologie Sociale Critique (M.A.S.C).

Références :

Boege Eckart, 1998. Los mazatecos ante la nación. Contradicciones de la identidad étnica en el México actual, México, Siglo XXI.
Léonard, Jean Léo, 2009. « L’aménagement linguistique entre paix et conflit : Guatemala des Accords de Paix Ferme et Durable (APFD) et Chiapas insurgé, 1994/96-2009 ».
Giovanni Agresti (ed.), 2011 : Actes du colloque Diritti Linguistici ; Rovesciare Babele, Teramo, pp. 225-244.
Léonard, Jean Léo, 2013. « Techniques d’immersion en contexte de bilinguisme inéquitable : tequio pedagogico au Mexique », colloque Immersion, pédagogie et nouvelles technologies, de l’Institut Supérieur des Langues de la République Française (ISLRF), La Grande Motte ; accessible en ligne sur http://aprene.org/fr/node/2597 : voir http://aprene.org/fr/node/2675).
Moreno, Froylan Pérez (2008). Xujun én ntáxjo. Narraciones mazatecas con glosario Mazateco de Jalapa de Díaz y español. Mexico: Instituto Lingüístico de Verano, A.C.
Wilson, Edward O., [2012]-2013. La conquête sociale de la terre, traduction par Marie-France Desjeux, Paris, Flammarion.

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